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Que savons-nous de la doctrine sociale de l'Église ?

Le dimanche 20 novembre 2005

Le 5 novembre 2004, il s'est passé à Rome un événement qui n'a pas fait la manchette dans les journaux du Québec. Je veux néanmoins vous en dire quelques mots.

Ce jour-là, le Cardinal Renato R. Martino, président du Conseil pontifical Justice et Paix, a présenté dans la salle de presse du Saint-Siège, un Compendium de la doctrine sociale de l'Église catholique. Un livre de 500 pages qui s'efforce de rendre compte de milliers de pages rédigées par les responsables de l'Église depuis des dizaines d'années. Publié en italien et en anglais, l'ouvrage est précédé d'une lettre d'introduction intitulée " Un humanisme intégral et solidaire ".

Ces derniers mots laissent clairement entendre quelle est l'intention de l'Église quand elle prend la parole concernant des questions d'ordre social et politique. À la lumière de l'Évangile, elle s'applique à présenter une vision de la personne humaine vivant en société.

Ici et ailleurs, on entend souvent des gens affirmer que, lorsqu'ils s'expriment, les responsables de l'Église devraient s'en tenir aux questions d'ordre spirituel. " À César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ", disent-ils, en citant une phrase de l'Évangile prononcée par Jésus (évangile de saint Matthieu, chapitre 22, verset 21).

C'est juste! Les deux ordres ne doivent pas être confondus et il est terminé le temps où l'Église pouvait imposer ses manières de voir dans des domaines profanes. Mais le profane et le spirituel ne sont pas des domaines opposés. Ils sont en interaction. Avec humour, Charles Péguy ne disait-il pas que " le spirituel couchait dans le lit de camp du temporel "?

Dans ses prises de position, l'Église ne légifère pas et, quoi qu'on en dise, elle ne cherche pas à le faire à la place de l'État. Elle propose des principes de réflexion, dégage des critères de jugement et présente des orientations pour l'action, en vue du bien-être de la personne humaine qui vit en société. Elle le fait en se laissant guider par une conception de la nature, de la vie, des vivants et de leur destin, qu'elle puise dans les Écritures où elle discerne un plan divin.

Pour elle, la personne humaine est à situer au-dessus de tout et les institutions sont toutes à mettre à son service. Quand elle porte son regard sur les régimes politiques, l'Église n'en privilégie aucun mais elle n'hésite pas à les juger tous en fonction du respect qu'ils accordent à la personne, et à toute personne. Dans sa doctrine sociale, l'Église dénonce les injustices, le recours à la violence pour régler les conflits, l'exploitation des enfants par le travail précoce, la concentration des biens de la terre et de l'argent entre les mains de quelques-uns. Elle plaide énergiquement pour plus de solidarité et plus de partage au plan international.

Parce qu'elle croit fermement que Jésus, le Fils de Dieu, est venu sauver l'être humain, et le sauver dans toutes ses dimensions, l'Église estime devoir s'exprimer chaque fois que l'être humain est en cause. Elle croit qu'en travaillant à construire ici-bas un monde meilleur et plus humain, c'est déjà à la construction du royaume de Dieu que l'on travaille.

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20 novembre 2005