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Beauté et misère du travail

Le dimanche 11 septembre 2005

La fête de lundi dernier m'a inspiré quelques réflexions sur le travail.

Beauté et grandeur du travail d'abord. Quel qu'il soit. Intellectuel ou physique, humble ou spectaculaire, répétitif ou créatif, réalisé à la maison ou ailleurs. Travail de celui qui nettoie les rues de la ville, travail de celui qui dirige la destinée de la ville : les deux sont nécessaires à la vie de la cité.

Misère du travail et du travailleur, quand le travail n'est pas aimé, quand il écrase et est injustement rémunéré. Des images d'enfants travailleurs, d'enfants esclaves au travail me viennent à l'esprit.

Beauté du travail qui épanouit celui ou celle qui l'accomplit. Misère du travail porté comme un joug.

Beauté du travail qu'on souhaite poursuivre le plus longtemps possible. Misère du travail qu'on espère fuir le plus vite possible.

Beauté du travail qui alterne avec le repos. Misère du travail incessant, oppressant où s'engendre la race des bourreaux de travail (workaholic). Dieu travailla six jours. Il créa le ciel et la terre, le jour et la nuit, les astres, les volatiles, les reptiles, les plantes, la mer, les fontaines… Puis il donna vie à l'homme et à la femme entre les mains de qui tout fut remis pour être parachevé.

Beauté du travail qui complète l'œuvre de Dieu. Misère et laideur du travail qui la détruisent. Que de travaux à reprendre, sur notre terre, parce qu'ils ont saccagé au lieu de parfaire. Que de constructions humaines qui menacent l'harmonie de l'œuvre divine au lieu de la préserver et de la célébrer.

Beauté du travail à travers lequel s'édifie une humanité en croissance. Misère de ce travail qui rend les humains moins humains et les fait désespérer d'être des vivants.

L'apôtre saint Paul a un jour écrit: " si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus " (2e lettre aux Thessaloniciens, chapitre 5, verset 11). Ce texte n'a rien perdu de sa pertinence. En le citant, je pense pourtant d'abord aux gens de Montréal et d'ailleurs qui cherchent du travail et n'en trouvent pas. Et me reviennent à l'esprit les mots de Félix Leclerc:
" … l'infaillible façon de tuer un homme
C'est de le payer pour être chômeur
Et puis c'est gai dans une ville ça fait des morts qui marchent. "
Si la Bible est mordante à l'égard des personnes qui ne veulent pas travailler, elle l'est davantage à l'égard de ceux et celles qui s'enrichissent honteusement à même le travail des gens qu'ils exploitent. Écoutez le livre du Deutéronome: " Tu n'exploiteras pas le salarié humble et pauvre " (chapitre 24, verset 14). Écoutez saint Jacques: " Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites. […] Des travailleurs ont moissonné vos terres, et vous ne les avez pas payés " (chapitre 5, versets 2 et 4).

La pensée chrétienne considère le travail comme une collaboration à l'œuvre créatrice de Dieu. Lié à la condition humaine, il imite la condition divine. "Dieu est toujours à l'œuvre", lit-on dans l'évangile de Jean (chapitre 5, verset 19). Heureux l'homme et la femme qui joignent leur travail au travail de Dieu.


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11 septembre 2005