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15 ans déjà

Le dimanche 5 juin 2005

17 mars 1990: jour où Jean-Paul II m'a nommé archevêque de Montréal. J'ai accepté cette nomination dans la foi, me trouvant petit face à la tâche qui m'était confiée. J'y ai vu par ailleurs un geste de grande confiance à mon égard, de la part de l'évêque de Rome.

Je me rappelle très bien du contenu de la première homélie que j'ai prononcée après cette nomination. Elle traitait de mes préoccupations majeures à ce moment-là.

J'ai parlé des pauvres. Je le faisais parce que nous constations une croissance inquiétante de la pauvreté à Montréal, et parce que j'avais la ferme conviction qu'il est impossible d'être chrétien - et évêque - sans être près des pauvres et sans lutter contre la pauvreté.

J'ai aussi parlé des jeunes. Je les voyais très affectés par les soubresauts survenus au Québec et dans le monde depuis les années 60. J'étais convaincu que le message du Christ pouvait les aider à grandir, à trouver leur place dans notre société et un sens à leur vie. J'étais aussi conscient qu'une Église ne peut demeurer vivante et croître sans la présence active des jeunes.

Le point suivant de mon homélie attirait l'attention sur l'importance de vivre sa vie chrétienne non pas seul dans son coin, mais en lien avec d'autres chrétiens. Je me souviens avoir dit que l'individualisme était une menace grave qui devait être repoussée, et une blessure qui devait être guérie.

J'ai ensuite parlé de l'éducation de la foi: celle des jeunes, mais aussi celle des adultes. Je voyais que, chez plusieurs baptisés, la foi s'effilochait peu à peu, et gravement. Elle devait donc être raffermie et éclairée, pour pouvoir s'épanouir au sein d'une société qui n'avait plus nécessairement le Christ et le catholicisme comme points de référence.

En considérant aujourd'hui le contenu de cette première homélie donnée en tant qu'archevêque de Montréal, je vois qu'il se présentait comme un programme d'action pour mes années futures. Quinze ans plus tard, je crois pouvoir dire que je ne me suis pas écarté de ces préoccupations et qu'elles demeurent au cœur de mon activité pastorale. Je prononcerais volontiers de nouveau cette homélie d'il y a quinze ans; ce qui ne veut pas dire que tout se soit déroulé pour moi sans imprévus et sans surprises.

Des imprévus et des surprises, il y en a eues! Je pense par exemple à la rapidité avec laquelle s'est effectuée la laïcisation des écoles. Je pense également aux problèmes, de plus en plus aigus, qui se sont posés concernant la baisse du nombre de prêtres, ou l'utilisation et la conservation des lieux de culte, dans notre diocèse. Parmi les imprévus, il me faut aussi nommer les grands moments que je viens de vivre à Rome lors des funérailles de Jean-Paul II et de la nomination de Benoît XVI.

Je laisse à d'autres que moi le soin d'évaluer ces quinze dernières années de pastorat que je viens de vivre. Je tiens toutefois à dire qu'elles m'ont habitué à affronter un à un les défis qui se présentent, et à ne pas perdre confiance en Dieu, toujours là pour m'aider à leur face faire.

Demain, il y aura d'autres défis… et Lui, il sera toujours là!


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5 juin 2005