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Le monde intérieur

Le dimanche 14 mars2004


Il y a des mots qui font monter en nous la crainte comme les mots souffrance, maladie, échec et bien d’autres. L’ascèse est de ceux-là.

En entendant ce mot, immédiatement des images de privation, de sacrifice et de discipline nous viennent en tête. Tout cela pour atteindre un épanouissement spirituel recherché. Les grands maîtres de la vie spirituelle parlent tous d’ascèse. Car il n’y a pas de vie spirituelle sans une rupture avec un mode de vie qui se complaît dans la satisfaction immédiate de ses appétits, de ses goûts et de ses convoitises.
Le monde de consommation et du prêt-à-jeter dans lequel nous vivons n’invite pas à l’ascèse. La publicité nous mitraille sans arrêt de multiples images qui illustrent toujours le plaisir, le bonheur, l’avantage d’avoir ce qui est présenté. Ainsi se créent des besoins artificiels auxquels il est difficile de résister. Et on se retrouve trop consommateur, trop gras, trop dépendant des modes, trop encombré de choses qui ne servent à rien.

Bien des gens, aujourd’hui, ont évacué les questions religieuses de leurs préoccupations quotidiennes. Ils ont défait les liens qui les rattachaient à la religion de leur enfance. Leur appartenance religieuse ne s’exprime plus qu’à l’occasion. Également, bien des gens sont à la recherche de raisons de vivre. L’existence qu’ils mènent, aussi remplie soit-elle, les laisse vide. Face à eux-mêmes, ils perçoivent que la vie a une dimension autre que matérielle. Une dimension autre où ils peuvent trouver, avec les yeux de l’âme, des réponses aux besoins profonds de leur être. Et dans leur quête de vérité et de sens, ils découvrent le monde intérieur, le monde de l’expérience spirituelle.

Cet univers spirituel plusieurs voies y mènent. À travers les siècles, les grandes religions ont guidé des milliers de personnes vers Dieu et les ont introduites dans l’univers de la spiritualité. Mais dans ce domaine comme dans d’autres, l’ascèse devient une exigence pour progresser, pour aller plus loin.

L’ascèse est le chemin qu’empruntent toutes les personnes qui veulent atteindre le but qu’elles s’étaient fixées, malgré la longueur de la route à parcourir. Ainsi les athlètes s’astreignent à une disciple parfois sévère et ne négligent pas les longues heures d’entraînement pour arriver au standard de perfection exigé. Saint Paul invitait les premiers chrétiens de la ville de Corinthe à pratiquer l’ascèse en rappelant la discipline des athlètes : « Ne savez-vous pas que les coureurs, dans le stade, courent tous mais qu’un seul gagne le prix? Courez donc de manière à le remporter. Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse; eux, c’est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable. » (1 Corinthiens 9, 24-25) Ce qui est dit des athlètes peut être dit aussi de la discipline des personnes qui entreprennent une diète ou un régime de conditionnement physique.

Notre vie spirituelle a besoin d’autant de soins et d’attention que notre vie matérielle, car nous sommes corps et âme. Négliger l’une ou l’autre et notre personne en souffrira. Aussi, il est nécessaire qu’au milieu des nos préoccupations immédiates nous accordions un temps à notre moi invisible. Et pour les chrétiens, le temps du Carême nous y invite particulièrement.

 

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15 mars 2004