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La mort c’est plein de vie

Le dimanche 2 novembre 2003

Voici revenu le mois de novembre, le mois des morts comme on disait naguère.
Les arbres se dépouillent, les journées raccourcissent, le temps refroidit… Autant d’éléments qui nous orientent vers cette dure réalité qu’est la mort. Deuil, souffrance, solitude: la mort occupe une place importante dans notre vie.

Dans son dernier film Les invasions barbares, Denys Arcand nous relance dans une importante réflexion. Un homme est gravement malade; il voit la mort et la souffrance s’approcher à grands pas. Inévitablement, cela l’amène à récapituler ce que fut sa vie. Ceux qui ont visionné le film Le déclin de l’empire américain savent que cette personne a mené une vie sans s’y engager profondément : marié, plusieurs maîtresses, deux enfants avec lesquels la relation est pour le moins fragile. Et voilà que cet homme, parvenu à la conclusion de sa vie, éclate en sanglots : « Mais quel sens est-ce que tout cela peut bien avoir? »

Nous voilà au cœur de la vie, au cœur de la mort : la question du sens. Si la vie n’a pas de sens pour nous, la mort en possède encore moins. Si la vie est fermée sur elle-même, si elle ne débouche pas sur un au-delà, la mort est une tragédie sans nom. Si, par contre, la mort n’est pas la fin de la vie mais bien un passage qui se traverse dans la continuité, alors tout est différent.

Les chrétiens croient en une vie qui est éternelle. Le sentiment d’éternité est profondément ancré en nous. Qui n’a pas connu un amour qu’on voudrait éternel ou des moments de bonheur où l’on voudrait que le temps s’arrête. Nous avons la chance de voir ce sentiment confirmé dans ce que Dieu nous a révélé en Jésus-Christ. La mort n’est plus un abîme sans fond ni un mur infranchissable. La mort est un passage qui marque notre entrée dans une autre période de notre vie. La résurrection du Christ a inauguré cette ère nouvelle dans laquelle nous vivons.

Cette croyance, qui est non pas accessoire mais bien centrale dans notre foi chrétienne, a bien des impacts. D’abord au niveau du sens à la vie : l’intuition d’un bonheur éternel nous pousse de l’avant. Même nos actes de charité et de partage trouvent un sens nouveau. En effet, pourquoi aider quelqu’un à vivre, si cette vie n’a pas de sens, s’il n’y a rien après? Je lisais récemment : « s’il n’y a rien d’autre après la vie, nous vivrons cette dernière en termes de bonheur et d’épanouissement personnel. Si par contre il y a quelque chose après la vie, alors nous la vivrons en termes de responsabilité ». Bref, cela change tout!

Le fait que la vie soit éternelle nous indique également qu’il existe un monde invisible qui nous entoure. Cette immense communion des êtres qui nous ont précédés est un soutien effectif pour nous, aujourd’hui. C’est dire que nous pouvons entretenir une relation avec ces personnes qui sont décédées, à travers la prière. Ils peuvent nous aider, nous soutenir, prier pour nous. La limite inexorable du temps n’est plus un obstacle à nos relations inter-personnelles. Nous savons qu’elles se poursuivront, éternellement.

En ce 2 novembre, jour de la commémoration des fidèles défunts, nous fêtons tous ces gens qui poursuivent leur vie dans la maison du Père. Nous savons que nous pourrons les rejoindre un jour. Unissons-nous dans la prière et l’action de grâce pour le don de la vie que Dieu nous fait, une vie éternelle.

notre Archevêque


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3 novembre 2003