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Le fond de nous-même

Le 16 mars 2003

Ce dimanche, nous lirons à la messe le récit étonnant de la transfiguration de Jésus qui nous révèle qui il est. J’aimerais vous en parler.

Souvent, les autres perçoivent de nous une certaine image. Elle révèle que nous sommes des personnes uniques. Cette image n’est pas façonnée seulement par les formes de notre visage. Elle l’est aussi par des traits de notre caractère. Ainsi la perception que les autres ont de nous-même repose habituellement sur les apparences.

En revanche notre image ne dit pas tout de notre personnalité. Certains aspects de notre personnalité restent cachés jusqu’à ce qu’un événement les révèle au grand jour. Par exemple, qui ne s’est pas découvert, ou n’a pas révélé aux autres, une force insoupçonnée devant une épreuve ? Dans de telles circonstances, on entend parfois la réaction : « Je ne te connaissais pas sous ce jour ! »

Je pense que le même phénomène s’est produit chez les gens qui ont connu Jésus. Le récit de la transfiguration que nous lisons au cours du Carême est un bon exemple de la découverte que les apôtres, un jour, ont faite de Jésus.

Comme beaucoup d’autres personnes, les apôtres étaient intrigués par l’origine de l’autorité et de l’amour qui émanaient de lui. C’est alors que survient un événement dont trois apôtres : Pierre, Jacques et Jean, seront les témoins privilégiés. C’est ce que nous appelons la Transfiguration.

Le récit est étonnant. L’évangéliste nous dit que le visage de Jésus resplendit comme le soleil, que ses vêtements devinrent blancs comme la lumière, et que Moïse et Élie s’entretenaient avec lui.

Pour comprendre ce que signifie cette description, il faut savoir que la couleur blanche et la lumière sont associées par les auteurs bibliques à tout ce qui appartient à la sphère divine.

Ainsi, par ces comparaisons, l’évangéliste veut nous dire que l’humanité de Jésus renfermait, comme un écrin, la présence de Dieu, une présence dense, pleine et entière. Un visage autre de Jésus était ainsi révélé. La présence de Moïse et du prophète Élie signifiait que Jésus menait à terme la révélation que Dieu avait faite de lui-même par l’intermédiaire de ces deux grands personnages bibliques.

Cette scène de l’évangile me fait penser à toutes ces représentations que les chrétiens se sont faites de Jésus à chaque époque : icônes de la tradition chrétienne orthodoxe et orientale, images pieuses, tableaux des grands peintres, personnages de film.

Le visage de Jésus reflète les tendances de chaque époque. Il y a eu le Jésus douloureux, le Jésus glorieux, le Jésus édulcoré, le Jésus révolutionnaire ou le Jésus hippie, et j’en passe. Et que dire du visage de Jésus que chacun et chacune de nous portons en nous-même, souvent façonné par les circonstances où nous avons été saisis par lui ou par l’influence que son message exerce dans notre vie.

La personne de Jésus continue de séduire les hommes et les femmes d’aujourd’hui, même les jeunes. Il est naturel de privilégier l’un ou l’autre trait de sa personnalité et de son message. Mais il faut cependant se garder de toute approche simpliste ou stéréotypée qui le priverait de la puissance transformante de son amour pour les êtres humains.

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24 avril 2003