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La prière du chapelet

Le 6 octobre 2002

Chaque lundi, je récite le chapelet à la Basilique Cathédrale de Montréal. J’aime cette prière simple qui a été très populaire. Plusieurs parmi nous se rappellent d’ailleurs le chapelet en famille récité par le Cardinal Léger.

Le mois d’octobre est dédié à la prière du Rosaire. Mais d’où vient cette prière qui a traversé les siècles ? La dévotion à l’égard de Marie, la Mère de Jésus, a acquis très tôt dans l’Église une grande popularité. On se plaisait à saluer la Vierge en empruntant les paroles de l’ange Gabriel : «Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous». Au 11e siècle, on voit apparaître de nombreuses hymnes mariales telles que l’Ave Maris Stella et le Salve Regina.

Cette dévotion bien légitime à l’égard de Marie, dont saint Bernard est un des principaux promoteurs, est à l’origine du Rosaire. C’était une prière simple, facile à mémoriser, accessible aux gens du peuple dont l’instruction était limitée. Ceux-ci avaient pris l’habitude de réciter cent-cinquante Ave, entre-coupés de quelques Notre Père. Pour compter les Ave, on se servait d’une corde où on enfilait des grains par groupe de dix. À chaque dizaine, on méditait sur un événement de la vie de Marie en rapport avec Jésus. Saint Dominique, qui vécut de 1170 à 1221, a popularisé le Rosaire en prêchant sur les mystères de Jésus et de Marie, tout en faisant réciter des Ave.

C’est au 16e siècle que ces mystères atteignirent le nombre de 15, partagés en trois groupes, comme trois roses offertes à Marie, d’où le nom de Rosaire : la rose de la joie, la rose des douleurs et la rose de la gloire. On ajouta aussi à la salutation de Gabriel celle d’Élisabeth : «Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est béni». On composa aussi la seconde partie qui reflète la peur de la mort que l’on ressentait vivement à cette époque : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs maintenant et à l’heure de notre mort ».

Toujours au 16e siècle, l’expansion de l’empire ottoman, ancêtre des Turcs de religion musulmane, constituait une menace pour l’Europe. Malgré les intérêts nationaux des petits royaumes européens, le pape Pie V réussit à former une coalition avec l’Espagne et Venise. On réunit alors une flotte imposante. Pour que l’entreprise soit un succès, le pape demanda aussi aux chrétiens de prier avec ardeur, en particulier par la récitation du Rosaire.

Une bataille navale de grande envergure eut lieu le 7 octobre 1571, dans le golfe de Lépante, près de Corinthe, en Grèce. Les Turcs furent défaits. Lorsqu’il apprit la victoire de la flotte chrétienne, Pie V institua la fête de Notre-Dame des Victoires pour commémorer l’événement. Il n’en fallut pas plus pour que la prière du Rosaire connaisse un nouvel essor. Par la suite, le pape Grégoire XIII lui donna le nom de fête du Rosaire et la fixa au 7 octobre.

On peut voir, à l’église Notre-Dame-du-Rosaire, dans le quartier Villeray, un vitrail qui illustre la victoire de Lépante. Cet événement historique rejoint notre actualité où l’Occident chrétien et l’Orient musulman connaissent malheureusement un regain de tension.

C’est en empruntant la voie du dialogue qui conduit à la paix que nous pourrons nous écarter du chemin de la violence et de la guerre.

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5 mai 2003