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Dieppe

Le 29 septembre 2002

Ce matin, à la basilique Notre-Dame, je célébrerai la messe pour le Régiment des Fusiliers Mont-Royal en souvenir de Dieppe.

Dieppe. Qui connaît ce nom? Qui se souvient des événements qui s’y sont déroulés durant la dernière grande guerre ? Pour les plus âgés d’entre nous, Dieppe est un nom chargé d’un passé qui demeure bien vivant.

En ce temps-là, c’était la guerre. La Seconde Guerre mondiale. L’Europe était occupée par les armées allemandes. Hitler imposait sa loi partout. Seule l’Angleterre, en raison de sa position géographique, résistait encore à l’envahisseur nazi malgré les nombreux bombardements. C’est là que se retrouvèrent les forces libres et que la résistance s’organisa. C’est là que les projets d’invasion de l’Europe s’élaborèrent.
Le 19 août 1942, des troupes traversèrent la Manche pour la France. Ce fut le débarquement sur les plages de Dieppe. Raid téméraire. Plus de mille combattants y laissèrent leur vie et deux mille furent faits prisonniers. La moitié des effectifs engagés. Le Régiment des Fusiliers Mont-Royal, qui faisait partie de ces troupes alliées, perdit 913 hommes. La libération ne viendra qu’en mai 1945 avec débarquement de Normandie.

Soixante ans plus tard, plusieurs se souviennent de Dieppe. Le Régiment des Fusiliers Mont-Royal veut rappeler la mémoire de tous ces braves dans cette célébration à Notre-Dame, ce matin.

La guerre. Ce seul mot évoque la mort et la destruction, les gens blessés et les populations déplacées. La télévision diffuse parfois des scènes de guerre, mais cela se passe dans des pays qui sont loin de nous. Est-ce que cela nous affecte-t-il vraiment? Nous avons tous entendu le récit de personnes qui ont vécu la guerre, et pourtant nous avons souvent de la difficulté à en saisir toute l’horreur.

La cérémonie d’aujourd’hui nous rappelle que des gens de chez nous ont vécu pareille tourmente, pareille situation. Ils ont risqué leur vie, et plusieurs ont donné leur vie pour que d’autres vivent libres et en paix. Ils n’avaient pas vingt ans ou à peine. L’âge où nous n’acceptons pas que d’autres nous volent la liberté, nous imposent une dictature. Les jeunes qui sont débarqués à Dieppe avaient certes la peur au ventre quand ils approchaient des côtes françaises. Mais le courage n’est-ce pas d’avancer malgré la peur, porté par la volonté de faire ce qu’on croit juste et bon? Leur bravoure mérite certes qu’on leur rende hommage et qu’on salue le sacrifice de ceux qui sont tombés au champ d’honneur.

Après Dieppe, d’autres jeunes d’ici feront partie des troupes qui libéreront l’Europe. Quand nous visitons la Normandie, nous pouvons voir ces cimetières où se dressent des centaines de petites croix blanches. Rappel de ces vies fauchées dans la fleur de l’âge pour que puissent survivre les valeurs de liberté, de démocratie, de justice, de respect de la personne.

En ce jour du soixantième anniversaire du débarquement de Dieppe, nous leur disons merci et nous leur sommes reconnaissants pour ce qu’ils ont fait. Nous ne pouvons espérer que leur sacrifice nous amène à trouver d’autres moyens que la guerre pour régler les conflits.

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5 mai 2003