Dialogue : quand la pratique est reine

Le Pasteur et l'ImanLe dialogue interreligieux est plus difficile entre chrétiens et musulmans depuis le 11 septembre 2001. Les uns - fondamentalistes - déchirent le Coran. Les autres - fondamentalistes - tuent des chrétiens au nom du prophète. La méfiance entre les tenants des deux traditions est presque devenue une règle d'or.

Pourtant, au Nigeria, deux ennemis jurés, de tendance plutôt fondamentaliste dans leur propre tradition, ont fait la paix. En effet, depuis le milieu des années 90, le Pasteur James Wuye et l'Imam Muhammar Ashaffa travaillent ensemble.

Un événement exceptionnel quand on pense que l'un comme l'autre étaient très impliqués, tout d'abord comme responsables des jeunes dans leur propre tradition religieuse, puis comme membres très actifs de milices armées.

Dans ces activités de violence, le pasteur a perdu sa main droite, et l'imam deux cousins et son mentor spirituel.

Aujourd'hui ils sont à la tête d'un centre de médiation interreligieuse qui porte des fruits dans toutes les régions du Nigeria.

Dialoguer n'est pas facile, on l'a dit.

Il arrive que l'imam et le pasteur ne se parlent plus pendant quelques jours, même s'ils doivent donner des conférences et des ateliers... ensemble. « Oui en effet, parfois, nous avons des désaccords », indique le pasteur. « Certains sont d'ordre théologique, d'autres sont d'ordre personnel ». À ces moments, le silence est d'or. « Mais parce que nous avons à cœur la paix, nous devons mettre de côté nos pitoyables différences pour [atteindre] le but global ».

L'imam approuve. Dialoguer, c'est chercher « une voie de partenariat », sans renier sa vérité individuelle. « L'idée est de constamment chercher à restaurer le lien, et non à le désintégrer ».

Mais pourquoi autant de violences dans le pays le plus peuplé d'Afrique?

Plusieurs facteurs sont à considérer. En entrevue à l'émission Questions d'aujourd'hui, l'Imam Ashaffa indiquait entre autres que l'économie joue un rôle important dans les conflits. Au nord, la pauvreté est très marquée. Au sud, région pétrolière, l'or noir est un facteur de violence.

L'imam considère que « lorsque les gens sont appauvris, ils cherchent une porte de sortie ». Et dans cette recherche, « on se tourne vers Dieu », indique-t-il. La religion devient alors un endroit où les frustrations peuvent se dire... au nom de Dieu! Alors que les sources de celles-ci sont plutôt à chercher dans les conditions économiques difficiles et le sentiment constant d'injustice et d'inégalité. Une analyse partagée par les catholiques du pays.

Liens divers pour approfondir la réflexion

Entrevue avec l'Imam et le Pasteur, émission Questions d'aujourd'hui, Office de catéchèse du Québec, diffusée sur les ondes de Radio Ville-Marie, 13 décembre 2011
http://www.officedecatechese.qc.ca/prod/radio_quau/2011/20111213.htm

Initiatives et changement, responsable de leurs venues en novembre 2011
http://www.ca.iofc.org/fr/

L'Imam et le Pasteur en Égypte, juin 2011
http://www.fondationchirac.eu/2011/06/les-laureats-2009-du-prix-de-la-fondation-en-egypte/

Discours de l'Imam et le Pasteur, novembre 2010
http://www.fondationchirac.eu/2010/11/discours-du-pasteur-james-wuye-laureat-2009-du-prix-pour-la-prevention-des-conflits/