Le monde se tourne vers Montréal

Mgr Paul BruchesiMgr Paul Bruchési

1897-1939

Le 25 juin 1897, six mois après la mort de Mgr Fabre, le pape Léon XIII invite le chanoine Bruchési à devenir archevêque de Montréal et le 8 août suivant, Mgr Louis-Nazaire Bégin, archevêque de Québec, lui confère l'ordination épiscopale, à la Cathédrale.

Cette nomination n'étonnera personne. À quarante-deux ans, le nouvel archevêque avait déjà fait montre d'aptitudes et de qualités qui justifiaient le choix de Léon XIII : intelligence vive, ouverture d'esprit, solidité doctrinale, connaissance approfondie des préoccupations et des problèmes du monde contemporain, raffinement de l'homme, éloquence de l'orateur et amour et respect du pape et de l'Église universelle. Son long épiscopat de quarante-deux années, heureux d'abord puis tragique, allait répondre aux attentes, puis susciter la compassion.

C'est sous l'épiscopat de Mgr Bruchési et avec son approbation que fut fondé, en 1904, l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal. L'archevêque présida aux premiers et rapides développements du sanctuaire.

C'est encore sous son épiscopat qu'un quatrième démembrement du diocèse fut effectué pour créer, en 1904, le diocèse de Joliette, dans la région Nord-ouest du territoire initial.

La page historique la plus belle et qui marqua le plus la vie et l'épiscopat de Mgr Bruchési fut sans contredit celle de la préparation, de l'élaboration et de la célébration du Congrès eucharistique international de Montréal, tenu du 7 au 11 septembre 1910. Il vaut la peine de s'y arrêter un peu.

Congrès eucharistique de 1910

En 1909, à Londres, s'était tenu le vingtième Congrès eucharistique. Mgr Bruchési y était et avait prononcé un discours fort remarqué. L'idée lui vint de demander au comité central des Congrès, la permission d'organiser le vingt et unième Congrès à Montréal. On fit remarquer à l'archevêque qu'il ne s'était pas encore tenu de Congrès eucharistique en Amérique et que Montréal n'était pas la plus grande ville d'Amérique... C'est la plus grande ville catholique, répondit le prélat, avec un subtil à propos qui l'aida sûrement à gagner sa cause.

Le Saint-Père Pie X nomma le cardinal Vincenzo Vanutelli comme légat. Plus de cent vingt-cinq évêques du monde entier répondirent à l'invitation de Mgr Bruchési. L'événement fut un succès total. L'archevêque y brilla dans l'improvisation, la présentation des orateurs et les remerciements de circonstance.

Un seul épisode vint jeter le froid et le chaud à la fois. Il est bien connu des personnes d'un certain âge. La veille de la clôture du Congrès, soit le 10 septembre, en l'église Notre-Dame, remplie à capacité, Mgr Bourne, archevêque de Westminster, prononça un discours où il développa le thème suivant : le Canada doit grandir, se peupler de colons d'origines diverses qui parleront tous l'anglais, il faut que l'Église catholique utilise l'influence grandissante de l'anglais au Canada... Il faut allier, à l'avenir, la religion catholique et la langue anglaise. Étonnement et consternation dans l'auditoire.

À la fin de l'intervention de Mgr Bourne, l'archevêque de Saint-Boniface, Mgr Adélard Langevin, défenseur de la cause française dans l'Ouest du pays, s'approche d'Henri Bourassa, qui était le troisième orateur à venir, et lui dit : Nous ne pouvons pas laisser passer cela; il faut que vous répondiez. De fait, dans le texte qu'il avait préparé, Bourassa glissa une réponse improvisée et respectueuse, aux propos de l'archevêque de Westminster. Référant au statut minoritaire des francophones, il lança ces mots : « Laissons aux catholiques de toutes les nations qui abondent sur cette terre hospitalière du Canada, le droit de prier Dieu dans la langue qui est en même temps celle de leur race, de leur pays, la langue du père et de la mère. N'arrachez à personne, ô prêtres du Christ, ce qui est le plus cher à l'homme, après le Dieu qu'il adore... Mais, dira-t-on, vous n'êtes qu'une poignée; vous êtes fatalement destinés à disparaître; pourquoi vous obstiner dans la lutte? Nous ne sommes qu'une poignée, c'est vrai, mais ce n'est pas à l'école du Christ que j'ai appris à compter le droit et les forces morales d'après le nombre et par les richesses. Nous ne sommes qu'une poignée, c'est vrai, mais nous comptons pour ce que nous sommes et nous avons le droit de vivre ». Ovation et fin de l'épisode.

Le lendemain, le Congrès se clôtura par une impressionnante procession dans les rues de la ville. Commencée vers midi, la procession ne se termina par le Salut du Très Saint Sacrement, que le soir vers sept heures, au Parc Jeanne-Mance.

Ce Congrès est inscrit dans l'histoire du Québec, du Canada et de l'Église universelle. Le mérite en revient en grande partie à l'action et aux multiples talents de Mgr Bruchési.

Le dernier geste de longue portée que réussit Mgr Bruchési, avant d'entrer dans la longue souffrance de sa maladie, fut d'obtenir le statut d'autonomie pour l'Université de Montréal, le 29 avril 1919. Son habileté a permis de conduire à bon terme le long dialogue mené avec Rome pendant quarante-trois ans.

Revenant aux riches années de sa vie active, soulignons que Mgr Bruchési érigea soixante-trois paroisses, publia de nombreux mandements et lettres pastorales sur les sujets les plus divers : le mariage chrétien, la justice, la question ouvrière et la paix.

Période 1921-1939 : maladie, réclusion, mort

Dès 1919, Mgr Bruchési avait ressenti les symptômes d'un mal étrange, caractérisé par un mélange de dépression physique et d'angoisse morale qui lui enlevait toute initiative et toute capacité de décision.

Suivront quinze années d'une sorte de réclusion, dans les appartements de l'archevêché, puis trois dernières années qui lui permettront de sortir quelques fois pour rendre visite à des communautés religieuses.

Le 20 septembre 1939, Mgr Paul Bruchési rendit son âme à Dieu. Il avait 84 ans.

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