De la tradition à la révolution

tl_files/actualite/175e_diocese_montreal/Paul-emile-Leger.jpgOn l'a déjà souvent signalé, l'épiscopat de M. le cardinal Paul-Émile Léger, qui a duré de 1950 à 1967, se compose vraiment de deux étapes distinctes, vécues dans deux styles différents.

La première étape va de 1950 à environ 1957. C'est celle de l'après-guerre, d'un rapide développement industriel, d'une forte expansion démographique, d'une Église qui crée des œuvres et détient un pouvoir certain. Le style pastoral du nouvel évêque n'en exerce pas moins un ascendant profond sur les fidèles qui reconnaissent en Mgr Léger un chef charismatique. Au plan de la pensée, il demeure un homme de tradition, méfiant à l'égard des nouveautés.

La seconde étape s'étend de 1958 à 1967. Elle est celle des grandes remises en question dans toute la société québécoise et de l'ébranlement des certitudes d'hier. C'est le début de la « révolution tranquille ». Le style du pasteur est tout autre. Sans perdre son magnétisme, le cardinal Léger demeure un évêque capable d'une patiente écoute des gens, désireux d'une Église sachant regarder avec confiance l'évolution des temps et se mettant au service du monde réel.

ÉVÉNEMENTS SIGNIFICATIFS DE L'ÉTAPE 1950-1957

Le chapelet en famille

Un des premiers gestes de l'archevêque sera de donner une impulsion unique au culte marial dans notre milieu. Il créera « Le chapelet en famille » (1950), un quart d'heure de prière familiale tous les soirs sur les ondes de la radio. L'émission réunit un immense auditoire invisible auquel l'archevêque s'adresse après le souper familial.

Engagements sociaux

Dès le début de son épiscopat, les préoccupations sociales de Mgr Léger s'affirment dans des interventions publiques, dans des engagements personnels hardis, qui prennent la forme d'initiatives ecclésiales concrètes, avant l'ère de la socialisation.

C'est l'histoire du Foyer de Charité (1951), et confié à la direction de M. l'abbé Ovila Bélanger, de l'Hôpital Saint-Charles-Borromée, objet de la « Grande Corvée » de 1955, qui accueille depuis lors des milliers de malades chroniques.

Cardinalat et légations

Le 29 novembre 1952, Mgr Paul-Émile Léger est nommé cardinal par le pape Pie XII. C'est une première dans l'histoire du diocèse. Les fidèles sont dans la joie, particulièrement lors de la tenue du Consistoire à Rome, le 12 janvier 1953 et tout au long des réceptions religieuses et civiques organisées au retour à Montréal du nouveau « Prince de l'Église ».

Création d'organismes

Le cardinal Léger s'emploie à renouveler ou à mettre sur pied des organismes diocésains que les temps appellent. C'est ainsi que le Service diocésain des cours sur la Bible naît en mai 1951, en réponse à un désir grandissant des fidèles de mieux connaître l'Écriture.

En janvier 1952, s'ouvre au Gesù, avec le P. Irénée Beaubien, s.j., l'Inquiry Forum, centre d'information sur l'Église, qui donnera naissance à une Commission diocésaine d'œcuménisme (1962), puis au Centre canadien d'œcuménisme (1963).

Le Synode diocésain - selon la formule de l'époque - promulgué le 9 décembre 1953, mettra en place de nouveaux rouages de la curie diocésaine. Ce sera la création des Offices qui, sous des noms souvent modifiés, constituent depuis lors des instances importantes dans l'Église de Montréal : Office du clergé, Office des religieux, Office de l'éducation, Office des œuvres... On instaure un nouveau mode de rémunération des prêtres : le salariat pour tous, y compris pour les curés.

ÉVÉNEMENTS SIGNIFICATIFS DE L'ÉTAPE 1958-1967

La Grande Mission

Au tournant de son évolution personnelle, comme à celui d'une Église qui allait bientôt entrer en Concile, le cardinal lance en 1960 la « Grande Mission » une opération considérable, inspirée par l'expérience d'une mission réalisée à Milan par le cardinal Montini, futur Paul VI, et qui aura comme thème « Dieu est notre Père ».

La « Grande Mission » est l'occasion d'une réflexion sur le milieu. Elle cherche à identifier les besoins pastoraux de l'heure. Elle appelle chacun et chacune à la conversion intérieure. Un vaste plan de prédication et de rencontres vise à faire redécouvrir les vérités théologiques fondamentales sur l'Église, sur les responsabilités des laïcs et sur les communautés chrétiennes.

Le Concile Vatican II

La participation du cardinal aux orientations du Concile (1962-65) fut importante et appréciée. Ses interventions, alimentées par les consultations qu'il avait menées à Montréal auprès de groupes de fidèles et de prêtres et mises au point à Rome au fil du déroulement du Concile, furent écoutées avec attention et eurent leur poids d'influence.

Le 5 décembre 1965, à trois jours de la fin du Concile, le cardinal adressa une lettre à tous les membres de l'Église de Montréal :

« Le Concile Vatican II a répondu aux espérances qu'il avait suscitées... (Il) a été une nouvelle Pentecôte... C'est à l'esprit même de l'Évangile qu'il ramène et à une purification radicale, selon cet esprit. Il a voulu rénover la vie et les comportements chrétiens. »

Une Église allégée

Avant, pendant et après le Concile, le cardinal Léger s'applique à modifier certains traits de l'Église diocésaine. Il manifeste une ouverture à la prise en charge par les laïcs de leurs responsabilités sociales, particulièrement dans le domaine de l'éducation. Par exemple : Le Collège Saint-Paul est confié aux laïcs (1961). Des laïcs, au lieu des prêtres, sont désignés aux trois postes de commissaires qui sont laissés à la décision de l'archevêque de Montréal à la C.E.C.M. (1964).

L'Église, estimait le cardinal, devait être déchargée de certains pouvoirs, d'un certain rôle de suppléance. Omniprésente jusque là, elle acceptait d'être délestée de charges qu'elle ne pouvait plus porter et que la société était devenue apte à assumer.

Une Église présente

La volonté de rendre l'Église présente dans le milieu montréalais caractérise finalement, l'épiscopat du cardinal Léger. Présence sur le territoire : 109 nouvelles paroisses, missions, communautés ethniques et rituelles, érigées en dix-sept ans. Présence par la parole abondamment prise en Église et dans la cité : 5 000 allocutions, homélies, discours prononcés dans les milieux les plus divers. Présence bien visible, agissante et croissante dans les années cinquante, se faisant plus discrète, capable de détachement et de partage dans les années soixante.

Un cardinal missionnaire

Le 9 novembre 1967, à l'âge de 63 ans, lors d'une conférence de presse à l'Archevêché de Montréal, le cardinal Paul-Émile Léger annonce sa décision de quitter son poste d'archevêque de Montréal pour aller en mission en Afrique et pour « redevenir un simple prêtre missionnaire ».

Le 7 décembre suivant, il s'envole vers le Cameroun. Il exercera son ministère à Yaoundé pendant sept ans, avant de revenir à Montréal.

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