Un rôle crucial en education

Un rôle crucial en éducationPORT-AU-PRINCE - Un Québécois de passage à l’école Saint-Louis de Bourdon a déjà dit à l’une de ses directrices, sœur Elza Luc, qu’il n’avait jamais vu d’aussi belle école au Québec.
De fait, cet établissement exploité par les sœurs de la Charité de Saint-Louis, dont la maison mère est à Montréal, forme une magnifique enclave de paix dans le chaos de Port-au-Prince : autour d’une cour intérieure pavée à la perfection, des pavillons à l’architecture ingénieuse, peints dans des tons de vert pimpants, accueillent les gazouillis de 700 petits Haïtiens.

Les élèves réguliers paient moins de 50$ par mois, et on fait un prix spécial d’une trentaine de dollars aux « enfants en domesticité », ces nombreux jeunes que leurs parents envoient travailler dans des maisons nanties, dès l’âge de 6 ans. « Ils ont un horaire spécial, explique sœur Luc. Ils viennent l’après-midi, après le travail. Ce sont leurs employeurs qui paient leur scolarité ».
Le Collège Saint-Louis de Bourdon, qui arrive à s’autofinancer, illustre bien le rôle crucial joué par les religieux dans le secteur haïtien de l’éducation, d’où le gouvernement est largement absent.

Un rôle crucial en éducation« L’État n’assume pas 15% des besoins en éducation, estime Colette Lespinasse, une ex-journaliste qui dirige aujourd’hui le Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés. Sans les Églises catholique et protestante, beaucoup d’enfants n’iraient pas à l’école ».

Ici, la mission de suppléance sociale des religieux va de soi, au point que toutes les paroisses ont leur « école presbytérale » et un centre de santé. « Ce serait très mal vu qu’elles n’en n’aient pas », souligne Mme Lespinasse.
Reconnues, prestigieuses, prisées des parents, les écoles congrégationnistes n’en sont pas pour autant à l’abri de la critique. Elles ont beau fleurir, le taux haïtien d’analphabétisme demeure au-dessus de 50%, ce qui a contribué, jusqu’ici, au maintien de la corruption dans les classes dirigeantes.
« On a les meilleurs profs, les meilleures écoles, et pourtant on ne sent pas notre présence dans la question nationale de l’éducation », déplore le prêtre diocésain William Smarth. « Il y a trop d’individualisme, chaque communauté travaille de son côté », diagnostique le père André-Paul Garraud, clerc de Saint-Viateur et président sortant de la Conférence religieuse haïtienne. « On est une force en éducation, il faut se mettre ensemble ».
Un rôle crucial en éducationLa rencontre de solidarité s’est terminée sur un engagement des religieux à travailler désormais « en inter-congrégations » à leurs projets pour la refondation d’Haïti. La création d’une association des écoles religieuses a notamment été évoquée.
Or, en éducation, certains croient que l’heure est propice à une action concertée et structurelle : le nouveau président, Michel Martelly, a en effet promis l’école gratuite. Il a créé durant l’été un Fonds national de l’éducation et une subvention scolaire qui doit toucher 146 000 enfants pauvres cette année.
« Que les religieux décident ensemble d’offrir l’école primaire gratuite, ce serait un geste intercongrégationnel prophétique », dit le père jésuite Godefroy Midy, l’un des conférenciers invités à la session.
« Martelly n’y arrivera pas sans les communautés religieuses, de toute manière », croit pour sa part le père Smarth.

Sophie Brouillet