Les vocations surpassent le Québec

Les vocationsPORT-AU-PRINCE - Pour la congrégation des sœurs de la charité de Saint-Hyacinthe, l’avenir est du côté d’Haïti : elle y a six novices et 17 religieuses admises aux vœux temporaires, alors qu’aucune nouvelle vocation ne s’annonce au Canada. Une situation semblable à celle de nombreuses congrégations québécoises dont la communauté d’origine voit ses rangs se clairsemer, mais dont l’œuvre grandit en terre haïtienne.

« Le Canada a formé plusieurs générations de religieux en Haïti, explique le père André-Paul Garraud, clerc de Saint-Viateur et président sortant de la Conférence religieuse haïtienne. Nous avons des liens très forts avec le Canada, des liens de dépendance à la fois canonique et économique. Il y a, par exemple, beaucoup plus de religieux québécois que français ici ».

Ces liens privilégiés expliquent en partie la rencontre de solidarité canado-haïtienne tenue à Port-au-Prince à la fin mai. « Très peu de supérieures du Canada ne se sont pas inscrites, et elles ont demandé d’amener des conseillères avec elles », relate sœur Kesta Occident, animatrice générale des soeurs de Saint-Croix et instigatrice de l’événement.

Pour les religieuses canadiennes, l’un des grands enjeux de la rencontre de solidarité était donc la formation de la relève haïtienne, la relève tout court dans plusieurs cas. Pays fervent et pratiquant, Haïti dispose de 90 congrégations catholiques et connaît présentement une poussée de vocations. « Il y a en beaucoup et leur nombre augmente, surtout dans les communautés masculines », indique le père Garraud. Le pays comptait 260 séminaristes au moment du séisme de 2110, où ont péri une trentaine d’entre eux. Du côté de la Conférence haïtienne des religieux, on dénombre au moins 130 novices.

Les grands défis qu’implique cette fertilité : assurer une bonne formation aux postulants et discerner les vocations véritables, dans un pays où la vie consacrée demeure un ascenseur social.

« Mon grand souci, c’est la formation des jeunes religieuses, indique sœur Suzanne Bridet, de la province canadienne des sœurs de Saint-François d’Assises, qui ont pas moins de 96 sœurs haïtiennes. On manque de formateurs qualifiés, et les jeunes qui nous arrivent n’ont pas toujours de bases théologiques suffisantes pour nous suivre ».

Déjà, le manque de ressources dans différentes communautés a entraîné la mise en place de sessions de formation intercommunautaires. Une formule que la rencontre de solidarité pourrait permettre de développer. « Nous nous engageons à mettre en place une formation intégrale qui unifie la personne dans toutes les dimensions de son être : humaine, chrétienne et religieuse, mystique et prophétique », dit la déclaration rédigée au terme des quatre jours.

« Il y a de l’intérêt à collaborer pour préparer la relève », se réjouit sœur Ghislaine Landry, de la congrégation québécoise des sœurs de la Providence.

De son côté, Louise Gauthier, supérieure générale des sœurs de Saint-Joseph de Saint-Vallier, en est à souhaiter que le groupe d’une quinzaine de religieuses haïtiennes de sa communauté, dont la moitié sont des jeunes, devienne autonome par rapport à la société mère vieillissante.

« On ne nomme plus de supérieure canadienne, dit-elle. Ce n’est pas facile pour elles, elles ont toujours eu des modèles canadiens. Je veux qu’on leur fasse confiance, qu’on leur redonne leur place ».

Comme ses consœurs, sœur Gauthier s’est vivement intéressée à l’idée de faire converger différentes œuvres des congrégations présentes en Haïti. Craint-elle des incompatibilités entre les façons de faire des communautés ? « Non, répond-t-elle. Le charisme varie d’une congrégation à l’autre, mais le fondamental reste le même ».

Sophie Brouillet