Effort concerté pour Haïti

Haïti effort concertéPORT-AU-PRINCE - Une soixantaine de congrégations religieuses haïtiennes et canadiennes ont résolu d’unir leurs forces pour contrer le chaos qui perdure en Haïti, lors d’une rencontre de solidarité qui s’est tenue à la fin mai à Port-au-Prince.

Presque toutes les supérieures générales des communautés canadiennes ayant des œuvres en Haïti ont pris l’avion pour se rendre à ce rassemblement, où les attendaient des représentants haïtiens de différentes communautés autochtones ou internationales, membres de la Conférence haïtienne des religieux. En tout, plus de 100 religieux, dont une vingtaine de Canadiennes, ont convenu de mettre en commun leurs efforts pour proposer des solutions structurelles à une misère qu’ils n’arrivent pas à combattre isolément.

« C’est une rencontre qui a dépassé mes espérances », se réjouit sœur Kesta Occident, animatrice générale des sœurs de Sainte-Croix, Haïtienne d’origine et instigatrice de cet événement dont l’idée a germé quelques mois après le séisme du 12 janvier 2010. « J’ai senti beaucoup de communion, et c’est de là que peut venir un changement »,  poursuit-elle.

Quatre jours de conférences, de panels, d’ateliers et de prière, ponctués d’une visite de Port-au-Prince et de l’un de ses camps de déplacés, se sont conclus sur une déclaration officielle par laquelle les participants s’engagent à travailler désormais « en inter-congrégations » dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la promotion féminine et de la formation religieuse, entre autres. La Conférence haïtienne des religieux devra orchestrer la mise sur pied de projets communs. « Je souhaite qu’aucun de nos projets ne reste désormais isolé », a déclaré le père André-Paul Garraud, clerc de Saint-Viateur et président sortant de la CHR, lors de son discours de clôture de l’événement.

Haïti effort concerté

Le besoin d’une action stratégique, qui dépasse la charité ponctuelle, s’est manifesté avec force tout au long de la rencontre : un an et demi après le tremblement de terre dévastateur, la reconstruction  n’est à peu près pas commencée en Haïti et la ruine physique du pays reflète les autres grands problèmes qui y perdurent : une pauvreté endémique, des services publics à peu près inexistants, un État fantôme, un analphabétisme galopant, un système de santé dysfonctionnel, des infrastructures à l’abandon.

« Mon évêque me demande souvent : Qu’est-ce qu’on peut faire pour Haïti ? », raconte sœur Diane Beaudoin, supérieure générale des sœurs de la charité de Saint-Hyacinthe, présentes en Haïti avec une cinquantaine de religieuses du pays. « Mais c’est difficile de répondre. J’espère que cette rencontre va aider. L’argent ne suffit pas », explique-t-elle, évoquant l’incapacité du pays à canaliser l’aide apportée. Sa congrégation fait fonctionner en Haïti une vingtaine d’écoles, une dizaine de dispensaires médicaux, deux centres ménagers et trois orphelinats.

« On tourne en rond », déplore de son côté sœur Lourdes Toussaint, jeune religieuse haïtienne de la communauté des sœurs de Saint-Joseph de Saint-Vallier. Avec ses consœurs, elle accueille les orphelins du séisme et répond au jour le jour aux demandes de nourriture et de médicaments, qui ont augmenté depuis 18 mois. L’argent a beau arriver de la maison mère, au Canada, les demandes reviennent toujours. « On y répond, mais je ne me sens pas à l’aise, confie-t-elle. On crée une dépendance ».

L’Église catholique, qui joue en Haïti un véritable rôle de suppléance sociale, est pourtant relativement bien placée pour y faire une différence. En éducation particulièrement, plusieurs croient qu’une action concertée des religieux pourrait être déterminante. Non seulement les écoles congrégationistes sont très nombreuses, mais de l’avis général, ce sont les meilleures, et les parents font beaucoup d’efforts pour y envoyer leurs enfants. « L’Église a les ressources humaines et spirituelles pour porter beaucoup de fruit en alphabétisation », croit Fritz Deshommes, vice-recteur à la recherche à l’Université d’Haïti et conférencier invité à la session.

L’idée de cette rencontre a émergé d’échanges tenus lors de la dernière assemblée générale de l’Union internationale des supérieures générales, d’où le caractère exclusivement féminin de la délégation canadienne.

« C’est la première fois que nous prenons le temps de travailler à des projets en solidarité, a souligné Denise Lauture, jeune religieuse haïtienne des Missionnaires du Christ-Roy, au terme de l’événement. Ça a été une très belle session, un souffle nouveau pour moi ».

Sophie Brouillet