Un visage sur l’histoire

Jacques Laliberté est Oblat de Marie Immaculée, maintenant rattaché à la Fraternité Nazareth situé dans Hochelaga-Maisonneuve à Montréal. Dans les années 80, le jeune Oblat arrive à Wemotaci et un an plus tard, il part à Obedjiwan où il passera six ans, pour ensuite retourner à Wemotaci.

« Quand je suis arrivé dans le milieu, on se référait très, très peu à l'expérience des pensionnats. À ce moment-là, il n'y avait pas encore le réveil spirituel de la spiritualité autochtone. Nos gens étaient tous chrétiens, pratiquants, selon le rythme d'une psychologie un peu nomade. Avec quand même beaucoup de respect pour tout ce qui regardait la religion. »

Le réveil « a aidé les gens à redécouvrir la richesse culturelle et spirituelle de leurs passés. » Ce qui ne s'est pas fait sans crainte, les anciens ayant  « beaucoup de suspicions » face à celui-ci. « À l'époque il n'y avait pas de science de la missiologie et on balayait facilement du revers de la main toutes les traditions spirituelles autres que chrétiennes », indique l'Oblat.

« Quelques personnes venaient me rencontrer pour me demander : 'J'veux faire telle expérience, est-ce que c'est dangereux pour moi?' » Jacques Laliberté les ramenait alors simplement à leur Credo et à la signification profonde des sacrements : est-ce une démarche qui porte l'esprit chrétien? « Et elle me revenait en me disant qu'elles s'étaient senties pleinement chrétienne à l'intérieure de cette expérience-là. »

L'Oblat n'a pas connu l'époque des pensionnats et n'est jamais entré dans l'un d'entre eux. « Lorsqu'on parlait des pensionnats, on pouvait mentionner à l'occasion que ça avait été pénible, qu'y avait eu des abus. Un soir au presbytère, alors qu'on avait un comité de pastoral et qu'on parlait des pensionnats, avec les difficultés qui s'y étaient vécus, j'ai dit aux membres de mon comité : 'Vous avez tous passés par le pensionnat, c'est vous qui pouvez me dire s'il y a eu des abus, est-ce que ça été difficile ou pas.'

« Et ils ont été unanimes à me dire 'oui père, il y a eu des abus'. Ils ne m'ont pas dit que tous ceux qui avaient des responsabilités ont été des abuseurs. Ils ont été unanimes à me dire que dans l'expérience des pensionnats, il y a eu des abus. D'ordres physiques, d'ordres sexuels.

Avant tout, croire

Puis un jour, le père Laliberté découvrira directement le visage d'une victime, dans la personne d'une dame « très, très impliquée » depuis des années en pastorale. C'était alors le temps très occupé des confirmations. « Elle me dit, est-ce que c'est possible que je te vois avec Mgr? Alors moi j'ai dit oui parce que c'était une collaboratrice très précieuse.

« Et lorsqu'on a été tous les trois dans le bureau, elle nous dit et sans avertissement : ''Moi j'ai été abusé par un prêtre.'' Alors, ça vraiment été comme une douche froide, je n'avais pas vu venir ça. Mon attitude a [d'abord] été une attitude de crédibilité. »

« Et j'ai dit : 'Mon Dieu que je suis triste avec toi. Mon Dieu que j'ai de la peine avec toi. Et j'ai de la peine en tant que prêtre parce que tu me dis que c'est un prêtre qui t'a fait ça. Alors que le prêtre, il devrait accepter de mourir pour toi plutôt que de devenir un bourreau pour toi. »

« Elle m'a donné une grosse accolade, et elle a donné une grosse accolade à l'évêque. Je ne l'ai pas invité à venir approfondir sur le sujet, je ne suis pas psychologue. Lorsqu'on rentre dans ce niveau de blessure profonde, je pense qu'il faut être équipé pour accompagner les personnes. Comme prêtre, j'ai une formation en relation d'aide. Si les personnes abordent le sujet, je ne leur dit pas de se taire et de s'en aller voir des personnes compétentes. Je les accueille mais en ouvrant toujours la porte à des personnes qui ont les compétences nécessaires pour les amener dans un cheminement de guérison.

J'ai aussi constaté le fait que, d'accorder crédibilité à l'expérience, et d'aider la personne à se différencier dans le temps, à se différencier entre les personnes, était un élément qui aidait vraiment la personne, à briser le tabou de son expérience pour aller chercher de l'aide. »

Outils de guérison

L'Église catholique a mis sur pied un outil de guérison, Retour vers l'Esprit. Les documents sont en anglais, mais sont présentement en cours de traduction.


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