Survivants et familles : se révéler

Madeleine Basile fait partie du Comité des survivants mis sur pied par la Commission Vérité et Réconciliation (CRV). Celui-ci est « un organe consultatif au sein la Commission ». Le terme 'survivant' a été choisi pour désigner ceux et celles qui ont été dans les pensionnats et sont toujours vivants : ils sont encore 80 000 à travers le Canada. Mais, ce sont en tout 150 000 enfants qui ont fréquenté ces pensionnats.

Madeleine est Atikamekw et originaire de la communauté de Wemotaci, située à 115 kilomètres au Nord-Ouest de La Tuque. Selon certains sites web donnant les directions géographiques, il faut emprunter la route forestière 25 pour s'y rendre. Et cela prend au moins quatre heures!

« Je suis contente de la réponse », indique-t-elle quand je lui demande si elle est heureuse de ce qu'elle observe lors de l'événement national. « C'est important qu'ils témoignent de leur expérience, de ce qu'ils ont vécu dans les pensionnats », estime-t-elle. En plus d'être importante au niveau personnel, parce que les survivants peuvent s'y « révéler », c'est une « étape très importante dans l'histoire » du Canada.

« On a été caché nous-autres dans les pensionnats, ça été caché dans l'histoire du Canada », considère celle qui a été pensionnaire à Pointe-Bleue au Lac Saint-Jean. « Le Gouvernement du Canada a fait un immense tort aux peuples autochtones; en arrachant les enfants de leur famille; de leur communauté ».

«  C'est très important que cette histoire-là soit connue dans tout l'pays, dans tout le Canada. »

Les « survivants et leur famille »

Quand on connaît l'importance des générations pour les autochtones - certaines croyances répercutent jusqu'à sept générations les effets de ce qui est vécu aujourd'hui - on se rend compte de ce que plusieurs générations d'enfants déracinés ont pu devenir pour les peuples.

D'ailleurs selon Madeleine, ce ne sont pas seulement les enfants qui ont subi les contrecoups de la loi les obligeant à se rendre dans un pensionnat pour y être assimilés. « C'est important de dire : ''Les survivants et leur famille''. » Car si ce sont d'abord les enfants qui étaient emmenés, tout le monde dans la communauté en a souffert. « C'est pas rien que moi qui est allée au pensionnat : c'est nous tous! », estime-t-elle.

« Ma mère a perdu tous ses enfants, puis [ensuite], moi inconsciemment, j'ai transmis des effets intergénérationnels à mes enfants. » Une génération qui a souffert de ce transfert, mais pour laquelle elle a beaucoup d'espoir. « Hier, on a eu un beau dialogue avec des jeunes. Moi je veux poursuivre ce chemin de réconciliation avec les jeunes », indique la survivante. 

Églises et survivants : se retrouver au sommet

À Pointe-Bleue, ce sont les Oblats de Marie-Immaculée qui étaient responsables du pensionnat. « Il y a une réconciliation qui est en train de se faire pour moi », confie-t-elle. « Les portes ne sont pas fermées », contrairement à d'autres survivants qui, envers les Églises, « vivent encore dans la colère ».

Pour Madeleine, même si les portes ne sont pas non plus « grandes ouvertes », le processus de réconciliation est en marche. Elle se dit d'ailleurs « contente », car dans le comité de coordination régionale dont elle fait partie, les représentants des Églises sont présents.

Elle compare ce processus de rencontre à une montagne; « chaque personne va [la] franchir », chacune de son côté. « Ils se voient, puis un moment donné, ils vont être au sommet. » Par contre, cette démarche est personnelle : « Ça leur appartient », indique-t-elle.

Dans son cas, c'est un dialogue qu'elle «est en train d'entamer », d'autant plus que Madeleine est curieuse : « Comment c'qui vivaient ça eux-autres, les religieux, les religieuses avec nous autres? »

Êtres illuminés

Pour Madeleine Basile, l'événement National et sa participation en tant que membre du Comité des survivants représentent d'abord un tout : « une étape très honorifique ».

Puis, comme elle le disait plus tôt, c'est une étape de révélation. « Parce que moi, j'ai été là dix ans au pensionnat, puis pendant plusieurs années, j'ai porté la honte, puis l'humiliation. Puis moi aujourd'hui, j'veux me révéler (bis)... Je l'sais pas c'est qui c'te p'tite Madeleine-là! J'suis dans ce chemin-là, Je me révèle ce que je suis. »

Enfin, elle souhaite qu'à cette occasion, les survivants et leurs familles « puissent atteindre leur lumière intérieure », comme elle semble elle-même la rejoindre un peu plus chaque jour. « Les Bouddhistes appelleraient ça 'leur illumination' (grand éclat de rire). C'est ça que je souhaite à chaque survivant et leur famille. » 


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